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Roy est mort, vive le King !

Sa famille a annoncé sa mort hier soir dans un message émouvant : un cancer du pancréas, visiblement diagnostiqué alors qu’il arrivait ici, a fini par avoir la peau d’Eric Roy, l’emblématique entraîneur du Stade, l’homme par qui l’impensable s’est réalisé.

Liverpool a eu Bill Shankly, nous on a eu Eric Roy.
L’Écossais, qui avait le sens de la formule, a un jour dit ceci :

Some people believe football is a matter of life and death, I am very disappointed with that attitude. I can assure you it is much, much more important than that.

Tellement vrai. Du moins pour ceux qui ont contracté le puissant virus de la passion pour un club de foot.

Ainsi, en cette fin de très belle journée de printemps, je me suis rendu au rassemblement en hommage à Roy organisé devant notre vieux stade Le Blé – peut-être le dernier dans l’élite du football français à faire battre le cœur d’une ville et non pas à animer sa périphérie de zone commerciale.
Nous étions des milliers, hommes et femmes de tous âges, à converger vers ce temple décrépit pour une communion qui devait permettre de surmonter la perte. J’avais revêtu le maillot européen floqué à la gloire du disparu, que m’ont offert mes filles.
Je relaie ici ce que l’aînée a posté hier soir sur un réseau que j’ai déserté, en guise de conclusion qui prouve l’impact qu’ont eu cet homme et son équipe sur nos vies ces dernières années :


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Stade brestois coupe d’Europe !

L’Europe !
Putain : l’Europe !!!
Et sur un tel score, à Rennes …
L’Europe, le Graal, la verte prairie des culs bénis
et peut-être la portion la plus indécente de la sus-dite, celle où l’herbe est plus grasse, le pré carré des nantis, l’espace VIP où un club comme le nôtre n’a pas sa place, mais peut encore s’inviter de la seule manière possible, la sportive, tant qu’ils ne la transforment pas en ligue fermée

Après 40 ans de supportérisme forcené (mais pas toujours revendiqué ni assumé), des décennies marquées le plus souvent par la lose, pas toujours beautiful, loin s’en faut, c’est un aboutissement d’autant plus WAW qu’il est inattendu à un tel degré.

Comment expliquer qu’un tel lien se crée entre un individu et un club de foot ?
Il est question à la fois de transmission et de frustration, d’humiliation et de fierté, d’une forme de résistance …
mais le fait est que, depuis mon père, dont la prometteuse carrière briochine s’est terminée dans un talus à mobylette – son cousin (Michel Le Milinaire), instit’ « rouge » devenu l’équivalent de Guy Roux en Mayenne – le si discret Loulou Floch qui tenait le tabac-presse-librairie de mon village et jouait en toute simplicité pour les Paotred Rosko après avoir été ailier des équipes de Monaco, de Paris et de l’équipe de France – les voyages début 80 de Roscoff à Brest où l’on se garait du côté du Rally pour voir les matchs du Stade dans la grande ville de béton,
il s’est créé un lien indéfectible entre moi, joueur timide essentiellement reconverti en fan, et ce club qui atteint ce soir une forme de consécration.

Qui m’a arraché des larmes, comme la première et la deuxième victoire de l’équipe de France en coupe du monde

Parmi les innombrables conjonctions favorables à cet exploit, celle-ci est majeure : en décembre Rennes fait une offre pour acheter les services de Lees-Melou, le genre d’offre gagnant-gagnant qui ne se refuse pas, surtout quand on a peu d’ambition ; et là il se passe quelque chose d’inédit à Brest : le président Le Saint met son veto et le dit dans le vestiaire (selon le joueur, interview entendue le 24 février sur C+) ; deuxième temps exceptionnel lié au profil atypique de notre meilleur joueur : légitimement déçu, il ne déjoue pas, au contraire il continue à monter en puissance !
Et il y en a eu sur le terrain, des gestes d’exception : Doumbia force 4 face aux merlus en cadeau de Noël, la Madjer de Pereira-Lage face au PSG, le but de PLM contre l’OM, celui de Del Castillo jeune papa qui dénoue le derby retour contre les merlus, jusqu’à cette tête plongeante de Brassier qui nous offre la qualif’ !
Et que dire des innombrables interventions décisives de notre flying dutchman, Marco Bizot, super mec, et de la grinta non moins décisive de Martin Satriano, que l’on devrait acheter à l’Inter de Milan

C’est le moment de l’avouer : je suis allé à Guingamp la voir, cette déesse Europe, il y a bien longtemps, en 96, incarnée par l’Inter de Youri « the snake » Djorkaeff, et j’ai supporté les intrus en rouge et noir, évidemment – qui ont subi le froid et légendaire réalisme italien encore en vigueur à l’époque

Et alors me direz-vous ?
Ben rien, ALLEZ BREST !