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Roy est mort, vive le King !

Sa famille a annoncé sa mort hier soir dans un message émouvant : un cancer du pancréas, visiblement diagnostiqué alors qu’il arrivait ici, a fini par avoir la peau d’Eric Roy, l’emblématique entraîneur du Stade, l’homme par qui l’impensable s’est réalisé.

Liverpool a eu Bill Shankly, nous on a eu Eric Roy.
L’Écossais, qui avait le sens de la formule, a un jour dit ceci :

Some people believe football is a matter of life and death, I am very disappointed with that attitude. I can assure you it is much, much more important than that.

Tellement vrai. Du moins pour ceux qui ont contracté le puissant virus de la passion pour un club de foot.

Ainsi, en cette fin de très belle journée de printemps, je me suis rendu au rassemblement en hommage à Roy organisé devant notre vieux stade Le Blé – peut-être le dernier dans l’élite du football français à faire battre le cœur d’une ville et non pas à animer sa périphérie de zone commerciale.
Nous étions des milliers, hommes et femmes de tous âges, à converger vers ce temple décrépit pour une communion qui devait permettre de surmonter la perte. J’avais revêtu le maillot européen floqué à la gloire du disparu, que m’ont offert mes filles.
Je relaie ici ce que l’aînée a posté hier soir sur un réseau que j’ai déserté, en guise de conclusion qui prouve l’impact qu’ont eu cet homme et son équipe sur nos vies ces dernières années :


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Chroniques de Portsall #2

20 avril : c’est arrivé près de chez nous

« Ouais, tu sais, quand tu viens de chez les pompiers, tu prends à gauche avant le Leclerc … »
C’est là, dans un lotissement de campagne lambda et à trois cent mètres à vol de mouette de la gendarmerie locale, que l’invraisemblable s’est produit : une famille prise en otage par des malfrats cagoulés pour s’accaparer une forte somme de cryptomonnaies !
Sur cette histoire de prédation visant la spéculation sur de l’argent virtuel, dont je ne comprends rien et ne veux rien savoir, je suis comme la vieille bretonne en coiffe : Biskoazh kemend-all !

1er mai : L’ingénu à Paris

« Nous partîmes de Portsall et, par un prompt renfort … »
Le 1er mai nous étions à Paris pour fêter le vingtième anniversaire de notre fils ; j’ai saisi cette occasion pour mêler au défilé syndical (rejoint place Léon Blum, à mi-chemin de République et Nation) auquel je souhaitais participer dans le contexte de remise en cause de ce jour théoriquement chômé pour les gens qui triment ; l’ambiance était moite et sympathique.
J’ai ensuite pris la tangente pour aller saluer Jospin au cimetière de Montparnasse ; une sorte de pèlerinage (parti de Vincennes quand même!) m’amenant à passer non loin de l’École alsacienne dont j’ai découvert peu après dans un article en ligne l’extrême entre-soi parisien ; je demeure à bientôt 53 ans un ingénu, à l’image du personnage du récit de Voltaire que je fais lire à mes secondes.

10 mai : trop beau Tro Bro

Quelques semaines après les classiques ardennaises qui ont confirmé l’avènement du grand champion que la France du cyclisme attendait depuis 40 ans, avait lieu le Tro Bro Leon.
Magnifique course de terroir, qui poursuit sa progression en termes de notoriété, propulsée par la médiatisation d’ASO – si elle intègre un jour le World Tour, alors des coureurs du calibre de Pogačar ou de Seixas arpenteront peut-être les ribiniou de notre contrée.
En attendant, les équipes UAE et Visma ont envoyé pour la première fois cette année des représentants ; et c’est l’un d’entre eux, un quasi-inconnu italien nommé Fiorelli, qui l’a emporté à la surprise générale.
Quel plaisir en tout cas de les voir prendre sur le port un virage en épingle à cheveu devant le pub pour remonter vers l’église.

24-28 mai : coup de chaud inédit

Communier entre quinquas sur De La Soul dans la nuit moite d’un dimanche à Saint-Brieuc (Art Rock) ; profiter d’un lundi de Pentecôte pour se plonger une première fois dans la mer encore glacée ; se sentir à la limite du malaise dans une salle de classe entre 25 et 30° un mardi matin ; somnoler dans le coin le plus frais du jardin un mercredi en fin d’après-midi en observant le potager cuire dans l’air chaud – en mai, sur la côte nord du Finistère : biskoazh kemend-all (bis)

7 juin : la nouvelle France

10h30, stade de l’Abéric : le vent est tiède pour ici, le ciel s’est éclairci ; accoudé à la main courante sur la butte côté collège, j’observe les gars de l’En Avant Sarnan prendre le dessus aux tirs aux buts sur les minots du Red Star de St-Ouen, plus fluets, en 8e de finale de la première édition du challenge U14 organisée par des membres du GJ Arvor.
17h30, même endroit, mêmes conditions : j’observe les gars de l’US Orléans l’emporter aux tirs aux buts sur les minots du Stade Brestois (mené par un excellent n°9 et capitaine), plus fluets, en finale.
Entre-temps, j’aurai suivi le premier meeting de campagne de Mélenchon sur la place de la mairie de Saint-Denis, devant la basilique, avec d’autant plus d’intérêt que mes deux filles y assistaient, l’une dans le cadre de son métier de journaliste, l’autre par militantisme ; une démonstration populaire très réussie, 26000 personnes enthousiastes, un préambule émouvant d’Annie Ernaux et une punchline qui fait mouche à gauche : « la primaire est finie ».
Ce dimanche, je me suis dit que les deux France, celle des villes et celle des campagnes, que beaucoup tentent à toute force d’opposer, étaient réunies en toute quiétude chez moi, à Portsall – les jeunes du bourg prenant parti pour les Orléanais contre Brest au nom de l’hospitalité en faisant craquer quelques fumis pour l’occasion ; et la victoire des visiteurs étant célébrée par quelques youyous de mamans qui avaient accompagné leurs gamins jusqu’à notre bout du monde.
Le foot, le vrai, populaire et collectif, a bien plus de vertus que de vices.

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Stade brestois coupe d’Europe !

L’Europe !
Putain : l’Europe !!!
Et sur un tel score, à Rennes …
L’Europe, le Graal, la verte prairie des culs bénis
et peut-être la portion la plus indécente de la sus-dite, celle où l’herbe est plus grasse, le pré carré des nantis, l’espace VIP où un club comme le nôtre n’a pas sa place, mais peut encore s’inviter de la seule manière possible, la sportive, tant qu’ils ne la transforment pas en ligue fermée

Après 40 ans de supportérisme forcené (mais pas toujours revendiqué ni assumé), des décennies marquées le plus souvent par la lose, pas toujours beautiful, loin s’en faut, c’est un aboutissement d’autant plus WAW qu’il est inattendu à un tel degré.

Comment expliquer qu’un tel lien se crée entre un individu et un club de foot ?
Il est question à la fois de transmission et de frustration, d’humiliation et de fierté, d’une forme de résistance …
mais le fait est que, depuis mon père, dont la prometteuse carrière briochine s’est terminée dans un talus à mobylette – son cousin (Michel Le Milinaire), instit’ « rouge » devenu l’équivalent de Guy Roux en Mayenne – le si discret Loulou Floch qui tenait le tabac-presse-librairie de mon village et jouait en toute simplicité pour les Paotred Rosko après avoir été ailier des équipes de Monaco, de Paris et de l’équipe de France – les voyages début 80 de Roscoff à Brest où l’on se garait du côté du Rally pour voir les matchs du Stade dans la grande ville de béton,
il s’est créé un lien indéfectible entre moi, joueur timide essentiellement reconverti en fan, et ce club qui atteint ce soir une forme de consécration.

Qui m’a arraché des larmes, comme la première et la deuxième victoire de l’équipe de France en coupe du monde

Parmi les innombrables conjonctions favorables à cet exploit, celle-ci est majeure : en décembre Rennes fait une offre pour acheter les services de Lees-Melou, le genre d’offre gagnant-gagnant qui ne se refuse pas, surtout quand on a peu d’ambition ; et là il se passe quelque chose d’inédit à Brest : le président Le Saint met son veto et le dit dans le vestiaire (selon le joueur, interview entendue le 24 février sur C+) ; deuxième temps exceptionnel lié au profil atypique de notre meilleur joueur : légitimement déçu, il ne déjoue pas, au contraire il continue à monter en puissance !
Et il y en a eu sur le terrain, des gestes d’exception : Doumbia force 4 face aux merlus en cadeau de Noël, la Madjer de Pereira-Lage face au PSG, le but de PLM contre l’OM, celui de Del Castillo jeune papa qui dénoue le derby retour contre les merlus, jusqu’à cette tête plongeante de Brassier qui nous offre la qualif’ !
Et que dire des innombrables interventions décisives de notre flying dutchman, Marco Bizot, super mec, et de la grinta non moins décisive de Martin Satriano, que l’on devrait acheter à l’Inter de Milan

C’est le moment de l’avouer : je suis allé à Guingamp la voir, cette déesse Europe, il y a bien longtemps, en 96, incarnée par l’Inter de Youri « the snake » Djorkaeff, et j’ai supporté les intrus en rouge et noir, évidemment – qui ont subi le froid et légendaire réalisme italien encore en vigueur à l’époque

Et alors me direz-vous ?
Ben rien, ALLEZ BREST !