Marrant comme la réalité prend parfois le relais de la fiction pour prolonger le fun. Ainsi cet après-midi je viens de terminer de visionner Une affaire privée et je monte quoter le film immédiatement sur letterbox – une envie rare, mais c’est rare de visionner coup sur coup deux coups de cœur : celui-ci donc, et Les racines du monde de Byambasuren Davaa hier.
Au moment où je me connecte, je suis attiré par des éclats de voix à la fenêtre : une de mes voisines, une femme longiligne très brune aux longs cheveux gris, arrive par la gauche au niveau du portail ; souriante, elle jette un coup d’œil vers la descente du garage et disparaît derrière la haie ; il me faut attendre quelques secondes pour comprendre la scène : une autre femme surgie de la droite l’interpelle en souriant et disparaît à son tour derrière cette même haie constitué de vieux plants d’éléagnus qui font bien 3,5m et que j’ai taillés récemment.
Je commence à taper mon avis concernant le film quand un bruit beaucoup plus fort me pousse à me remettre debout ; une machine s’est déclenchée là où ont disparu les deux femmes ; cette fois il me faudra attendre quelques minutes pour découvrir la source de ce bruit : une troisième femme, petite, râblée, harnachée d’un souffleur à feuilles orange dans une salopette jaune fluo et affublée d’un casque rouge passe d’un pas étrange, comme blasé, sur le trottoir ; quelques secondes plus tard, les deux amies se quittent : la voisine rentre « verticalement » vers chez elle, tandis que l’autre prend la même direction « horizontale » que la souffleuse, vers la gauche.
Le temps de taper quelques mots concernant le film de Nicloux et je me rends dans notre chambre côté ouest – la rue étant orientée sud-est / nord-ouest – par la fenêtre de laquelle je vois repasser de son pas lourd et théâtral la souffleuse casquée dans l’autre sens.
Depuis la voisine s’est mise à tailler sa haie (de griseline) le long de cette rue d’impasse perpendiculaire à la rue principale, qui fait face à la fenêtre de mon bureau.
Anecdote insignifiante, mais scène très cinématographique, dans la veine qu’affectionne le réalisateur sus-nommé, dans sa composition : cadrage de mes fenêtres, sons (incongrus, tant tout était calme jusqu’ici), lumière (franche, plus printanière qu’automnale) et jeu des actrices qui l’ignorent.